Après un premier diagnostic : appendicite probable. Arrivée des spécialistes et installation dans le lit de la salle de consultation des urgences. Là encore, trois autres pères attendent au chevet de leur enfant avec leur conjointe. Deux mères seules. Un père qui fait les cent pas.
Après de nombreux examens, on n’est toujours certain de rien. Le chirurgien en chef décide donc de garder fiston. Moment horrible pour moi, quand on introduit l’aiguille du soluté dans le petit bras de mon fils. Surtout après le deuxième essai de l’infirmière. Je réprime mes larmes. On entre dans notre chambre au cinquième vers onze heures trente. Mon fils a toujours mal. Mon ex, sa mère, vient d’arriver car elle avait un empêchement côté boulot.
La journée se passe en observations, en prises de sang, de température et de pression. En jeun complet aussi. Mon fils à toujours mal. Mon ex doit retourner au travail. Je reste donc avec junior et je m’apprête à passer la nuit à côté de lui.
Vers huit heures trente du soir après les demandes répétées de mon fils pour manger, il finit par s’endormir malgré la douleur. Je m’allonge à côté de lui et je surveille ses respirations. Mes yeux vont et viennent entre la poche de soluté qui se vide goutte à goutte et le gonflement du torse de mon fils. Lorsque je ne suis pas sûr, je m’approche de lui, je passe ma main sur son front pour voir s’il est encore « chaud » et je l’embrasse.
Vers sept heures, je rencontre plusieurs pères dans les couloirs. Ils ont dû dormir auprès de leurs petits eux aussi. Certains posent des questions aux infirmières du poste de garde. Ils ont l’air grave, inquiet, impuissant.
Aujourd’hui jeudi, une semaine après, mon fils va bien. Ce n’était que les ganglions. Dans le journal, je lis la page de publicité de Ste-Justine, le Centre hospitalier mère-enfants : « Donner toujours ce qu’il y a de meilleur aux enfants, aux adolescents et aux mères […] Nous désirons remercier l’ensemble du personnel pour tous ces gestes posés, chaque jour dans le but d’améliorer la santé des mères, des enfants et des adolescents. »
Je me souviens alors de ce texte placé sur le beau panneau de bois à l’urgence de cet hôpital et qui vantait les services de l’institution essentiellement auprès des enfants et des mères…
Je me souviens également de la fois où j’y avais accompagné mon fils pour lui faire enlever un résidu de liquide dans son oreille… Je me rappelle très clairement cette Oto-rhino-laryngologiste qui à vingt centimètres de moi m’avait ignoré en s’adressant exclusivement à son assistante pour prendre des renseignements personnels sur mon fils. Pas un bonjour, pas un regard. Rien. Je devais être du mauvais sexe.
Je me souviens aussi des jours passés à signer mon livre « Papa, à quoi sers-tu ? » au dernier salon du livre de Montréal. Trois jours en face de l’énorme poster d’un bébé tétant un superbe sein gonflé. Le titre : « MON bébé, JE l’attends, JE l’élève… de 0 à 3 ans » Un livre parrainé par l’Association médicale canadienne.
Alors, je me demande : moi, le père, à quoi je sers ? Où suis-je dans l’environnement de mon enfant ? Partout où je vais on veut que je m’implique auprès de lui et je le fais. Comme la majorité des pères d’ailleurs. Mais quelle place me donne-t-on ? Faut-il que je me batte pour mériter mon badge de père ? Les services sociaux, les écoles, les centres hospitaliers veulent que les hommes s’impliquent. Il faudrait commencer par nous respecter pour ce que nous sommes : des hommes et des pères attentifs. Nous évacuer aussi sournoisement ne sert pas l’avenir de NOS enfants.
Fier d’être le père de deux fils merveilleux.
Serge Ferrand Auteur et réalisateur